Mieux piloter la gestion pour contrer les effets de l’inflation

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Brice Faure

Brice Faure occupe le poste de Vice-président des Ventes Europe du Sud chez Anaplan, qu’il a rejoint en 2017.

Contraintes logistiques et menaces inflationnistes vont obérer l’activité des entreprises. Quelques pistes peuvent être explorées pour limiter la casse.

Si l’année 2021 a commencé avec l’espoir d’un retour à la normale dans l’économie et les affaires, les contraintes logistiques puis les tensions inflationnistes ont brisé le rêve d’une reprise vigoureuse sur l’ensemble de la planète. Cette situation impacte la vie quotidienne des Français. Souhaitiez-vous changer voiture ? Il faudra attendre, car les puces électroniques ne sont plus livrées à temps. Voulez-vous rénover votre appartement ? Le prix de certains matériaux de construction a doublé, sinon triplé depuis le début de l’année. Le petit canapé que vous vouliez acheter sur un site web ? Le coût de son transport maritime est sans doute deux fois plus cher que son coût de production, en Chine.

Certes, une tension sur certains points d’une chaîne logistique est normale en temps d’augmentation de la demande liée à une reprise économique. Cependant, les planètes se sont alignées pour que les mauvaises nouvelles arrivent quasiment en même temps. Pensez-vous que Boris Johnson, le Premier ministre britannique, avait prévu d’autoriser de nombreux permis de travail au Royaume Uni pour trouver suffisamment de transporteurs routiers ? La loi des conséquences inattendues est en pleine effervescence.

Comme d’habitude en temps de tension, les relations clients-fournisseurs vont prendre une nouvelle tournure. Ces relations étaient souvent distantes ; elles vont devenir plus intimes. Gageons que de nouveaux partenariats seront annoncés sous peu, ne serait-ce qu’entre les constructeurs automobiles et les fabricants de puces. Appelons cela la peur de manquer pour les uns , la satisfaction d’être reconnu comme fournisseur stratégique pour les autres.

Avez-vous remarqué que le mot « inflation » que l’on pensait disparu du vocabulaire, au moins du vocabulaire des présentateurs des journaux télévisés, a refait son apparition ? Ainsi, le SMIC brut mensuel a été augmenté d’environ 35 euros au 1er octobre 2021 « en raison de l’inflation » explique le gouvernement français. En temps normal, le premier impact de l’inflation est une hausse des taux de crédit à moyen court terme qui se traduit par une baisse des cours des obligations d’Etat et d’entreprises. Le financement de l’économie réelle devient plus onéreux, que cela soit pour les investissements physiques que pour le besoin en fonds de roulement (pour simplifier, l’argent qu’il faut pour faire « tourner » une entreprise). Le principe d’une raréfaction de crédit se conjugue, mal, avec une pression sur les marges puisque tout devient plus cher : la masse salariale, l’énergie, les matières premières, les encours de production…

Alors, que faire ?

Dans une telle situation, chaque euro d’économie compte. Chaque dépense doit être passée, non pas bêtement à la « paille de fer » mais sous le microscope d’une analyse complète et prospective. Les technologies existent maintenant pour aller au-delà de la grille statique des tableurs. Avec le cloud et les outils d’intelligence artificielle, il est possible de simuler à l’avance plusieurs scénarios d’entreprise et de se caler sur le plus pertinent au bon moment : retarder ou avancer le lancement d’un produit non seulement en fonction de la demande finale estimée mais aussi de la capacité à fabriquer ; engager tout de suite ou un peu plus tard les vendeurs qui devront vendre ce produit.

Les entreprises pouvant limiter la casse sont celles qui auront adopté les technologies actuelles, modernes, capable d’apporter l’agilité et la collaboration nécessaire entre une direction financière, les approvisionnements, la production, les ressources humaines et la vente. Dans ce scénario, la réponse aux scénarios « What-if » doit être quasiment instantanée. Le temps de latence de deux à trois mois des vieux progiciels de gestion est révolu.

Enfin, alors que le pouvoir d’achat des ménages est maintenant l’invité officiel de l’élection présidentielle, le pilotage de la masse salariale à court et moyen terme est devenu un impératif, de même que le pilotage de la performance commerciale. Dans le cas d’un retour progressif à la normale de la chaîne d’approvisionnement de diverses industries, la capacité à stimuler efficacement la force de vente déterminera les gagnants et les perdants. La compétition sera rude.